Une vraie, telle que l’on peut encore en voir dans le nord ou l’est de la France, une artisanale, comme en Belgique, une biologique pour s’inscrire dans l’air du temps.
Allez, une fois, cette histoire est née de l’amour entre un homme venu du plat pays et d’une femme, originaire de l’Hérault. Ainsi, sur la partition du c€ur, Jacques Bottemanne, citoyen de Mons, un Belge donc, est venu s’installer au beau milieu des vignes. C’était à la fin des années 80.
Peu à peu, à la demande d’amis, et pour satisfaire ses papilles sevrées du breuvage des trappistes, il s’est mis à fabriquer sa bière. « A l’époque, dans le commerce, on ne trouvait pas facilement des bières spéciales. J’ai fait venir de Belgique des petites boîtes pour en fabriquer. En 1989, je me suis mis à commercialiser ces kits. Et, en 1991, j’ai monté ma brasserie. »
Quelques stages dans des unités de fabrication en Belgique et du côté de Nancy lui ont permis de peaufiner son savoir-faire. Depuis, il vend ses produits sous l’appellation Brasserie du Caroux. Avec une passion sans faux-col, il concocte désormais une boisson dont l’accent fleure bon la Wallonie. Avec des particularités à vous faire damner un amateur du genre : « Des bières non filtrées, non pasteurisées, biologiques et refermentées en bouteille... » Excusez du peu !
Dans une sorte de laboratoire d’un épicurien alchimiste, il réalise sa cuisine en respectant, pas à pas, la fabrication traditionnelle, avec du malt d’orge qui suit un long cheminement avant de recevoir quelques fleurs de houblon, pour l’amertume, et qui fermente jusqu’à l’embouteillage.
Cette méthode sans pasteurisation, comme l’explique Jacques Bottemanne, conserve tous les arômes, tous les oligoéléments. Et c’est dans la bouteille que la bière se révèle, qu’elle continue à fermenter pour, délicatement, se charger en gaz carbonique et, ainsi, pétiller dans un verre couronné de mousse.
Dans son caveau de dégustation, au beau milieu de toute une bibliographie consacrée à la bière, de bandes dessinées du genre, il présente sa production. Un triptyque de bières. La première, nommée Naevius, du nom de l’officier romain qui a fondé Nébian, est ambrée avec un malt de blé qui lui donne un petit goût aigrelet. La deuxième, La Carousse, est un mélange subtil de trois goûts : amer, acide et sucré. Enfin, la Cervoise, dont la tessiture est adoucie par du miel.
« Je fabrique des bières qui se dégustent. Mieux, en bouteille, comme le vin, elles vieillissent bien et se bonifient. »
Si Jacques Bottemanne n’oublie pas d’expliquer que, comme toute boisson alcoolisée, il ne faut pas abuser de la bière, il précise cependant que ses qualités thérapeutiques sont reconnues depuis des millénaires : « Elle est digestive, apéritive et diurétique. » Dans une boutade, il indique encore : « Vous savez, en Belgique, les moines trappistes, pendant les grandes épidémies de peste, restaient en bonne santé. C’est grâce à la bière, car eux... ils ne buvaient pas de l’eau, qui était contaminée. »
Avec 20 000 litres par an, la Brasserie du Caroux ne rivalise pas avec les grandes marques. Cependant, elle a ses adeptes, sa clientèle privée, ses amateurs qui connaissent désormais une bonne adresse.
La Brasserie du Caroux, à Nébian, 04 67 88 40 08 |