« Non, mais quand même, la bière ici, c’est vraiment trop cher ! ». Josef, étudiant tchèque à Dijon regarde son verre, puis en avale une gorgée. Il faut dire que près de 4€ pour 25 centilitres de bière, c’est un peu cher quand on vient d’un pays où un demi-litre pris dans un bar coûte 30 couronnes (presque 1€). C’est que la bière est en fait une véritable institution en République Tchèque. La Bohème-Moravie n’est pas que productrice de cristal ou de céramiques : la bière est un rite. Les Tchèques, en 2003, ont consommé 18,5 millions d’hectolitres de bière, soit en moyenne 160 litres de bière par personne ! La bière n’est pas que l’objet d’une consommation en taverne. Les Tchèques accommodent la boisson en soupe, en sauce, en plat comme en dessert. Nombreux sont les exemples de recettes à base de bière comme la soupe à la bière. Les tavernes à bière tchèques sont presque l’équivalent des restaurants gastronomiques chez nous.
Depuis la Révolution de Velours de 1989, les tavernes tournent à plein régime à partir de 17 heures. Le principe est le même. Lorsque vous entrez, le garçon vous apporte une chope gonflée de mousse, que vous savourez, et dès que vous l’avez finie, il vient vous resservir. Et comme c’est bon, impossible de décliner. C’est ainsi que, pour la petite histoire, un conseiller de Bill Clinton en visite officielle se serait retrouvé à chanter à tue-tête à minuit dans une taverne pragoise.
Fabulations
Avec la bière, vous pouvez vous sustenter en mangeant du saucisson et du fromage, qui permettent de prendre une petite pause entre deux chopes. C’est là encore le drame de Josef. « En France, on a le temps de ne rien boire, on n’a tout de suite plus d’argent ! ».
Si vous allez à Prague, ne ratez tout de même pas les immanquables tavernes suivantes, que l’on considère comme les meilleures qui soient : U Flek, l’un des plus vieux bars à bière du monde (1459), U Kalicha, Slavia, et U slatého tygra où Vaclav Havel est connu pour avoir été l’un des habitués lorsqu’il n’était encore qu’un écrivain dissident du régime communiste.
La bière tchèque est aussi sujette à beaucoup de fabulations. La dernière en date est une réponse au « french paradoxe » de la nourriture grasse et du vin supposés préserver des maladies cardio-vasculaires. Une enquête médicale réalisée en République Tchèque, portant sur des hommes de 25 à 66 ans, le prouverait : la consommation de la bière, à l’instar de celle du vin, diminuerait les risques de maladie cardio-vasculaire. Prudence toutefois, la consommation idéale pour prévenir toute maladie cardio-vasculaire est de. 4 à 9 litres par semaine ! Ce qui vous reviendrait à environ 18€ par semaine.
« Dragon rouge »
Si en France nous savourons les classiques flamands, ou bavarois, la bière tchèque manque singulièrement dans les rayons des supermarchés. Vous pouvez bien sûr trouver la fameuse « Pilsner Urquell », mais les bières dont les Tchèques et les amateurs parlent le plus, la « Staropramen », la « Gambrinus », le « Regent », la rouge « Cerbeny drak » (le « dragon rouge ») ou encore la « Krusovice », bière blonde brassée en Bohème centrale, manquent encore à notre connaissance. Pour les connaître, il suffit de les commander, ou peut-être de demander à votre bar préféré de se renseigner dessus. Pour ceux qui veulent migrer en République tchèque, ce pays sera bientôt dans l’espace Schengen, patience !
Na Zdravi ! (santé !)
Avis aux amateurs de bière ! Le président Français et grand amateur de bières, Jacques Chirac, interviewé récemment par le quotidien tchèque Mlada Fronta Dues, disait lui-même de la bière tchèque qu’elle était « très bonne ». Le quotidien, modeste, à l’image des Tchèques, répondait que la qualité de la boisson dépendait surtout de l’endroit où on la consommait.
Pierre Catalan |