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La bière corse est née d’une discussion de comptoir
Dominique et Armelle Sialelli, PDG de la brasserie Pietra
Cadre parisien surmené, Dominique Sialelli, décide à 35 ans de changer de vie. D’une discussion de comptoir entre amis naîtra l’idée : Pietra, la bière à la châtaigne. Sa femme et lui peaufineront leur projet trois ans avant de se lancer. Pari gagné. La bière corse connaît un succès immédiat sur l’île, le continent et à l’étranger. Aujourd’hui, les Sialelli doivent construire une autre usine pour couvrir la demande.

Comment avez-vous eu l’idée ?
L’idée de Pietra est née d’une discussion de comptoir ! A l’origine : l’envie avec mon épouse de quitter notre vie de cadres parisiens pour créer une affaire en Corse, d’où je suis originaire. Mais que faire sur cette île ? Nous ne voulions pas ouvrir une pizzeria ! Dès lors, nous avons sorti nos antennes, en quête d’une idée. Jusqu’à l’été 1992. Nous prenions un verre entre amis, à Corte. Ma femme plaisantait : " Vous, les corses, vous tchachez mais n’entreprenez pas. Tous les pays ont leur bière et on est en train de boire une Kronembourg ! ". Et voilà ! Nous étions partis pour quatre ans de développement, avant de poser la première pierre de l’usine ! D’emblée, nous avons senti que ce projet nous dépassait. Nous n’avions pas d’expérience agroalimentaire, pas assez de capitaux pour monter une entreprise industrielle. Le marché corse ne serait pas assez porteur pour faire tourner une usine à l’année. Nous devions peaufiner le concept. Et plancher sur un produit exportable et haut de gamme. Le début des années 1990 marquait l’arrivée des produits de terroir et des bières exotiques. Nous sentions qu’il y aurait un créneau. A condition de donner du sens à la bière corse.

Comment vous êtes-vous préparés ?
Etape par étape. En restant humbles et réservés. Un travail de recherche sur l’histoire de la bière nous a appris qu’elle fut le premier moyen pour l’homme de conserver les céréales et de rendre l’eau potable. Elle est née en Egypte et en Mésopotamie. Dans l’Antiquité on l’appelait "le pain liquide". Une association d’idées nous conduisit à Pietra. La bière qui intégrerait une partie du patrimoine de la Corse, notre céréale : la châtaigne. Le châtaigner est d’ailleurs nommé en Corse "l’arbre à pain". Encore fallait-il en vérifier la faisabilité. Nos proches nous prenaient pour des fous ! Nous avons piloté des tests en laboratoire depuis Paris, avec l’aide de l’ANVAR qui a financé 50% de l’étude [100 000 F]. Un an après nous avions la recette : un produit ambré et goûteux, avec du caractère . Il ressemblait à la Corse. Il nous plaisait. Nous avons alors testé le "marketing mix " avec des échantillons en magasins : goûts, packaging, prix… Pari gagné ! Le premier test s’est transformé en lancement, sans que nous le voulions ! La rumeur de l’existence d’une bière corse s’est répandue par bouche à oreille. Elle faisait la une du Corse Matin le lendemain. Des grossistes nous ont appelés….

Comment vous êtes-vous financés ?
Le succès du produit a gagné la confiance d’investisseurs. Quelques banques et la Cadec (via le FEDER), qui a financé le bâtiment et le crédit bail du le terrain. Nous avons lancé l’usine avec un capital de départ de 10 MF. Dès le premier exercice elle fut rentable. Depuis, nous avons élargi de notre gamme avec Colomba (bière blanche aux herbes du maquis) et Serena (bière blonde pression), pour les gens qui demandent un demi dans les bars … Les recettes en ont été créées en interne avec notre maître-brasseur.

En 1999 et 2000 nous avons augmenté notre capital via les FCPI (fonds communs de placements pour l’innovation). Pietra est la seule entreprise corse qui bénéficie d’investisseurs continentaux ! En 2001, nous avons atteint 2 MF de résultat net et 28 MF de CA avec une production de 21 000 hectolitres. Et un rythme de croissance annule moyen de 25% ! Grâce à nos ventes sur le continent (grandes surfaces et distribution sélective) et à nos exportations à l’étranger. Aujourd’hui, la Corse représente 60% de nos ventes, le continent 30% et l’export 10%. Nous sommes présents en Italie, en Suisse, au Royaume-Uni, en Allemagne et au Japon. Les premiers clients étrangers sont venus vers nous grâce à la fréquentation touristique estivale de la Corse. Nous avons également misé sur les salons : le Siaal, la foire de Remini, Food-Ex au Japon…

Quelle a été la principale difficulté ?
Gagner la confiance sur un bout de papier. Convaincre simplement sur une idée. Nous voulions tellement blinder le projet que la phase de gestation - période où tout le monde a une objection - a été longue. Rétrospectivement, les quatre ans de développement me semblent plus longs que les six ans de concret qui ont suivi. J’ai l’impression d’avoir passé dix ans dans les dossiers ! Dès qu’on entre dans le tangible, les difficultés sont moindres. Heureusement, nous avons porté le projet en couple. Armelle et moi sommes très complémentaires.

Quels sont vos projets ?
Déménager ! Pour faire face à la croissance inespérée de la demande, nous devons nous agrandir. Au départ nous tablions sur 15 à 20000 hl / an maximum. Mais nous sommes déjà à 25 000 cette année. Désormais nous évaluons le seuil à 60 000 hl. Notre second projet : Nous lancer dans le whisky avec un producteur d’eau de vie de la plaine orientale. A nous deux nous avons tous les équipements.

Quel conseil donneriez-vous à un entrepreneur ?
Ne pas se buter. Prendre le temps de la conception. Le temps écoulé entre l’idée et sa réalisation nous a permis d’adapter le concept à son environnement. Trop de bonnes idées n’aboutissent pas parce que les porteurs veulent faire coller la réalité à leur projet. Bien sûr qu’il faut convaincre, être un peu acharné. Mais ni inflexible, ni seul contre tous.

M. Claustres

L’entreprise - 24 octobre 2002
 
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