Le nouveau patron voulait mettre en application le plan de restructuration de l’entreprise. Il devait réduire ses effectifs et parmi les partants figurait un certain Kouba, directeur du personnel de la Brasserie.
La législation du travail dans ce Congo " marxiste " voudrait que tout licenciement soit négocié en tripartite : l’entreprise, le ministère du Travail et le puissant syndicat national. Et c’est Jean Michel Bokamba Yangouma, vice-président de la République, qui était secrétaire général de ce syndicat ? La négociation n’était pas facile. Jean Louis Homé n’avait pas le droit de mettre les Congolais à la porte sans un consensus. S’il s’agissait d’un licenciement sur faute professionnelle, le syndicat devait proposer à l’entreprise le profil du remplaçant. La compression n’étant pas une faute, le gouvernement et le syndicat se devaient de demeurer fermes face à l’entreprise afin de préserver les droits des travailleurs nationaux.
La dualité est fréquente : d’un côté, une entreprise fidèle à sa logique de maximiser son gain ; de l’autre côté, un État souverain face à ses obligations de protéger ses nationaux sans fermer la porte aux investisseurs étrangers. Malheureusement, certains États inféodés au diktat du capitalisme occidental, sacrifient leurs nationaux pour ne pas s’aliéner les amitiés occidentales.
Nous vivons en ce moment au Cameroun un combat à armes inégales : le consortium américain Texaco a décidé de mettre à la porte certains cadres nationaux. Ils sont directeur financier, directeur de la logistique, responsable de l’automation (Lire Mutations N° 1967 du 13 août 2007). À Famm-Cameroun, une Ong internationale, une trentaine d’employés est jetée dans la rue. Les entreprises publiques rachetées par des multinationales ont abondamment licencié. Ici et là, tout s’est passé et continue de se passer soit dans l’indifférence, soit avec la complicité active des pouvoirs publics. Existe-t-il des moments réels où les salariés camerounais se sentent protégés dans leurs emplois par les pouvoirs publics ? On a vu des dizaines de déflatés et des enseignants vacataires faire le seeting devant la primature. À chaque fois, la réponse s’est manifestée au bout de la matraque. Lorsque les multinationales arrogantes observent ce traitement qui est appliqué aux travailleurs par ceux-là même qui sont censés les protéger, sans aucune gêne, elles peuvent elles aussi les licencier sans ménagement, rassurées qu’elles ne rencontreront aucune résistance. C’est cela le Cameroun.
Ces Camerounais différents des autres
Au Mondial 90 en Italie, à la World cup de 1994 aux Etats-Unis, on avait frôlé les cimes de l’antipatriotisme. La Can sénégalaise de 1992 n’était pas en reste. Ici et là, la contestation sur fond des " primes, des manques à gagner " avait pris le pas sur la prestation des joueurs. Tantôt c’est Joseph Antoine Bell, leader incontesté des troupes qui dictait des mots d’ordre, tantôt c’est l’argent du " coup de cÅ"ur " cotisé par des compatriotes et transporté par le ministre Kontchou Kouemegni, qui " voyageait toujours au-dessus de l’Atlantique " pour finalement disparaître sans traces.
Le mouvement sportif national, particulièrement le football, a souvent développé des attitudes proches du mercenariat : les revendications financières tardives apparaissent en effet des actes déstabilisateurs. Des fonctionnaires payés pour assumer des tâches de conception et d’encadrement sont les premiers à distraire des fonds destinés à entretenir le mouvement sportif qui a pour but d’épanouir la jeunesse et de faire rayonner le drapeau national. Comment arrive-t-il donc que des revendications sur des bases négociées, ne soient jamais honorées intégralement et à temps ?
Au terme de la finale de basket-ball en Angola, samedi 24 août dernier, les joueurs du pays vainqueur ont perçu chacun 55 millions de Fcfa pour l’ensemble du tournoi. La compétition s’est déroulée dans un stade ultramoderne. Côté camerounais, sur les 13 joueurs sélectionnés, 2 seulement étaient partis du Cameroun. Le reste, y compris l’entraîneur, était ramassé à la hâte pour défendre les couleurs du Cameroun. Ils étaient venus pour un seul dessein : leur patriotisme. Avant d’entrer sur le terrain à la finale, l’un des joueurs a parlé à ses camarades dont le moral était visiblement atteint. Il leur a dit : " les gars, jouons pour notre patrie. Nous sommes ici comme des soldats au front " C’est le ministre Augustin Edjoa qui aurait dû prononcer ces paroles d’honneur. Il a préféré suivre les Lions du football au Japon pour un match amical. On comprend aisément l’intérêt qu’il avait à se rendre à Tokyo plutôt qu’à Luanda...
Il faut saluer le patriotisme de ces jeunes Camerounais différents des autres.
Xavier Messè |