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Les enjeux d’un conseil d’administration
Un conseil d’administration du deuxième opérateur brassicole du Cameroun se tient en principe ce jour 15 mars à Douala. Les administrateurs, outre le partage des dividendes, devraient surtout examiner et valider les mesures d’assainissement de l’entreprise par le successeur de Brian Johnson.

Lorsque au second semestre de l’année dernière, M. Ekwunife Okoli, le directeur marketing de Guinness Nigeria et président du Conseil nigérian des annonceurs (Advan), est affecté par la maison-mère de Londres pour prendre la direction de la filiale camerounaise, en remplacement du très médiatique Brian Johnson, peu d’observateurs se doutent que quelque chose ne tourne pas rond chez le deuxième producteur national de la bière et boissons de malt. Pas même un filet critique publié par notre confrère Cameroon Tribune n’arrive à convaincre ceux que les communiqués officiels de Guinness rassurent, qu’un malaise couve, accentué depuis peu par la nomination d’un cadre extérieur pour remplacer le directeur des ressources humaines, M. Forgwe, frappé par la limite d’âge.

Le temps passant, des observateurs, au vu du défilé des auditeurs externes à Guinness, comprirent que le départ de Brian Johnson était loin d’être une promotion. Il s’agissait même d’un véritable limogeage. Des sources arguent aujourd’hui, à la veille du premier véritable conseil d’administration de M. Okoli, qu’il a été remercié pour “ mauvais résultats ”. Non pas tant que l’ancien patron de Guinness-Cameroun SA, qui n’était jamais à court d’une innovation pour en mettre plein la vue aux consommateurs de cette bière brune, ait empêché pendant son règne à la multinationale de faire des bénéfices. Bien au contraire. Guinness Cameroun Sa faisait même plutôt de gros bénéfices. Certaines sources non officielles à la direction générale à Bassa parlent en effet d’un bénéfice se chiffrant à plusieurs dizaines de milliards de Fcfa, au cours de l’exercice 2004.

Résultats trafiqués ?

Seulement, à en croire ces mêmes sources non officielles, ces bénéfices n’apparaissaient pas toujours dans les livres comptables et financiers mais surtout dans les caisses de la compagnie. Interrogé par une équipe d’auditeurs envoyés depuis Londres, Brian Johnson n’aurait pas pu expliquer “ le gap important ” entre les rentrées financières et les chiffres déclarés. Selon une source interne, “ les chiffres envoyés à Londres étaient manifestement trafiqués ”. Est-ce pour cette raison qu’après le départ de M. Johnson, la directrice des finances, notre compatriote Ruth Masuké a été suspendue de ses fonctions, puis remerciée ? Rien n’est moins sûr. Ce qui semble certain pour ces sources proches des auditeurs, “ comme son ex-patron, elle n’a pas pu expliquer aux auditeurs qui auraient même saisi, aussi bien dans ses services, des disques durs d‘ordinateurs pour faire examiner à Londres, le comment et le pourquoi d’un certain nombre de mouvements financiers suspects dans la compagnie ”.

Ces mouvements ne devraient pas s’arrêter à ces deux hauts dirigeants. D’autant que des disques durs d’ordinateurs auraient été aussi saisis à la direction commerciale. Selon des sources crédibles à Guinness, même si le point sur le partage des dividendes aux actionnaires devrait figurer en bonne place, la sanction d’autres directeurs devraient ravir la vedette au cours de ce Conseil. M. Ngaba le directeur commercial et son collègue Mekongo en charge des ressources humaines seraient particulièrement visés. Quant à M. Abanda Raymond le directeur marketing mais surtout l’un des hommes forts de l’ère Brian Johnson, très peu d’informations transparaissent sur le sort qui lui serait réservé. Mais nombre de cadres soutiennent que parce qu’il aurait imprimé ses marques dans la révolution Guinness au Cameroun, il pourrait être l’un des rares rescapés de l’équipe Johnson. Il pourrait alors être affecté au siège à Londres où il s’occuperait de certaines missions à l’international.

Interrogé sur les mouvements annoncés au sommet de la maison Guinness Cameroun, M. Francis Mbonguè, le marketing manager s’est excusé de ne pouvoir nous en dire assez. Tout en confirmant dimanche soir la programmation d’un conseil d’administration pour ce 14 mars, il a tenu à indiquer qu’il n’y avait aucun mouvement particulier à sa connaissance. Mais s’est-il alors empressé de nous indiquer que la communication dans la compagnie relevait du directeur général et du directeur Marketing en charge de la communication. Seulement, après avoir promis d’arranger un entretien entre le reporter du Messager et le directeur marketing de Guinness, Raymond Abanda qui, croyait-il savoir, devrait d’ailleurs publier un communiqué de presse au sujet de cette session, M. Mbonguè a continuellement répondu aux abonnés absents jusqu’au moment où nous allions sous presse hier soir. Signe qu’il n’arrive plus à mobiliser son supérieur hiérarchique ou embarras au sommet de Guinness Cameroun ? Peut-être ni l’un ni l’autre. Mais quelles que soient les décisions du premier conseil d’administration de l’ère Okoli, une page est en train d’être tournée à Guinness Cameroun Sa.

Tourner la page Brian Johnson

Si ces demi-informations se confirmaient au sortir du conseil de ce jour, M. Okoli aura alors terminé la première partie de sa mission : le nettoyage des écuries laissées par Brian Johnson. Restera alors la seconde : renforcer la position de Guinness Cameroun, qui sous l’équipe Brian Johnson aurait gagné 5 % des parts d’un marché fortement concurrentiel, passant ainsi à 12 % de contrôle du marché brassicole national. Un marché marqué depuis l’année dernière par la hausse des droits d’accises sur l’eau, l’augmentation des prix et la chute concomitante du pouvoir d’achat des classes moyennes et modestes, principales consommatrices des produits brassicoles.

Mais s’agissant du cas de Brian Johnson qu’on annonçait devoir hériter d’un nouveau poste au siège à Londres, il se trouve toujours dans “ ce Cameroun qu’il a tant aimé ” - dixit une de ses relations. Ayant libéré la maison de fonction depuis l’arrivée en octobre 2005 de son remplaçant, il résiderait plutôt chez un ami dont l’identité ne nous a été communiquée. Ce qui ne nous a pas non plus permis d’avoir sa version sur toutes ces choses qui se racontent sur son compte depuis son remplacement, il y a six mois. Ses détracteurs croient néanmoins dur comme fer qu’il n’est pas exclu que le jour où l’ancien boss qui a passé six années pleines à la tête de la filiale camerounaise (soit deux mandats de trois ans) soit interrogé par la justice anglaise dès qu’il retournerait à Londres. La justice de la reine Elisabeth aurait en effet été saisie par la maison-mère

Alex Gustave Azebaze

Le Messager - 13 mars 2006
 
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