« Comment une enseigne comme H&M peut-elle se prémunir contre un mois de septembre anormalement chaud, dès lors qu’un niveau de température atypique inciterait ses clients à réduire leurs achats ? » Un exemple parmi d’autres qu’aime à citer Michel Assouline, directeur commercial de Météo France. En somme, comment réduire la volatilité des revenus liés aux aléas climatiques ? C’est tout l’enjeu du nouvel outil statistique développé conjointement par Powernext et Météo-France et dévoilé aujourd’hui jeudi.
La bourse de l’énergie associée pour l’occasion à l’établissement public météorologique a en effet décidé de se doter d’indices nationaux - européens dans un premier temps -, baptisés Powernext Weather, afin d’aider les firmes des secteurs sensibles - énergie bien sûr, mais aussi agriculture, textile, agroalimentaire, tourisme... - à faire face aux variations du « temps ».
« Quand on sait qu’environ 30% du PIB d’un pays est directement impacté par la météo, on mesure mieux l’intérêt stratégique pour les entreprises d’anticiper ou de compenser les écarts climatiques », explique ainsi à Lexpansion.com Jean Carle, responsable à Météo France du développement des produits dérivés climatiques. Didier Marteau, professeur à l’ESCP et consultant chez Ernst & Young, analyse à cet égard dans un article intitulé Enjeu et modalités de la couverture du risque climatique, la plus forte sensibilité des groupes aux variables météorologiques qu’aux variables financières, type taux de change ou taux d’intérêt. Selon des travaux économétriques réalisés par Météo France, près de 80% de la variance de la consommation de bière est expliquée par le seul facteur climatique.
Concrètement, cette batterie d’indices disponible dès aujourd’hui par abonnement, couvre d’ores et déjà neuf pays : la France évidemment, mais aussi ses grands voisins tels que l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie ou encore l’Espagne. Chaque indice fonctionne ensuite sur une échelle temporelle allant de la prévision au jour J à J+3.
L’indice Powernext Weather est une première mondiale. Le brevet a d’ailleurs été déposé. Pourtant, techniquement, ce n’est rien d’autre qu’une projection nationale de température pondérée par la population. L’aboutissement de trois années de travail. « Car, on part du principe, que l’activité économique d’une région ou d’un pays est directement corrélée à sa population » note Michel Assouline. En clair, pour l’Hexagone, Météo France retient pour chacune des 22 capitales régionales une température type à laquelle elle affecte un coefficient de population ; le tout étant ensuite lissé à l’échelle nationale. Ce qui permet d’obtenir in fine un indice et un seul par pays.
Mais pourquoi se limiter au paramètre de la température ? « Il s’agit là du paramètre le plus fiable, celui pour lequel on dispose de la plus grande précision, souligne Jean Carle. Environ 85% entre J et J+3. Ce qui permet d’établir un indice standardisé à même de servir de sous-jacents à des contrats d’assurance ou à des produits de couverture indicielle sur le marché des dérivés climatiques ». Ceux-ci étant des instruments financiers classiques dans leur facture (options, contrats à terme...) mais orientés « météo ». Un brasseur allemand peut ainsi tout à fait se couvrir contre un risque météorologique en achetant un put indexé sur l’indice Powernext Weather Allemagne. De sorte que si la température glisse en deçà d’un seuil prédéfini, ses pertes sont compensées par l’exercice de son option. « Car on sait, rappelle Didier Marteau, qu’unevariation de 1°C lorsque la température en août atteint 25°C entraîne une variation du chiffre d’affaires de ...7,5%. Sachant que la volatilité de la température en août est voisine de 2°C, on peut affirmer que l’écart-type de la demande de bière sur la période s’établit à un niveau voisin de 15% ».
« L’idéal, précise non sans malice Michel Assouline, consiste pour un acteur économique à croiser deux types d’indices, l’un à l’échelle macro et l’autre à l’échelle micro : d’un côté, Powernext Weather, un outil standardisé simple mais intégrant le risque de base d’un secteur ; de l’autre, Météo Performance, un autre indice, customisé cette fois, lancé il y a tout juste deux mois, à même de percer au plus près la météo-sensibilité d’une entreprise ».
Guillaume Evin |