Quand un embouteilleur de cochonneries gazeuses obtient l’exclusivité sur la vente de cochonneries gazeuses (les siennes) dans un cégep ou une université, là, ça m’irrite au plus haut point : un cégep, une université, c’est un espace public, quand même, qui appartient à tout le monde. Ça m’apparaît assez vorace de donner de l’espace public à un seul embouteilleur de cochonneries gazeuses, surtout que on est pour boire ces trucs qui font pourrir les dents et grossir les gens, aussi bien avoir le choix…
Quand un brasseur de bière obtient l’exclusivité sur la vente de bière (la sienne) sur un tronçon de rue donné, dans tous les établissements privés situés sur ce tronçon, pour l’été, alors là je ris, je ris en me disant que, vraiment, le proverbial libre-marché est une belle et grande chose, surtout quand on peut en jouir exclusivement.
C’est exactement ce qui se passe, rue Sainte-Catherine, entre Berri et Papineau, dans le quartier gay, où ce tronçon de rue sera piétonnier, tout l’été. Mais cette piétonnisation a un prix. Et ce prix, c’est la Société de développement commercial du coin, la SDC, dans un geste tout à fait soviétique, qui l’a fixé. Via un contrat avec un brasseur de bière qui a obtenu, en échange de sous, l’exclusivité de l’alcool vendu sur les terrasses.
Exclusivité, oui. On ne pourra même pas vendre de vin, si je me fie au texte de Daphné Cameron.
Le patron de la SDC, un homme qui apparemment n’a pas peur de l’ironie, a qualifié la grogne des commerçants (qu’il est censé servir, en passant) de « tempête dans un verre d’eau ».
On dira que ça coûtait cher de fermer la rue, qu’il faut financer la mesure, etc. Euh, s’il faut absolument putasser pour piétonniser, peut-être qu’on ne devrait pas piétonniser ?
Patrick Lagacé |